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05 mars18:30
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05 mars20:30
 

 

les dérèglements de la finance et la crise sociale et politique en alexandrins

Extraits d’un entretien de Frédéric Lordon réalisé par Bertrand Rothé pour MARIANNE 

Pourquoi avoir choisi de traiter de la crise en alexandrins ? N’est-ce pas suffisamment compliqué de faire comprendre la crise pour avoir besoin de rajouter cette contrainte ?  

À l’origine il ne s’agissait pas tant de faire comprendre la crise que de la faire sentir – par une sorte de sensation de l’intellect s’entend car, la crise, les gens la sentent bien, il faudrait même dire : ils la sentent passer ! Mais il fallait en quelque sorte enrichir la conscience analytique, et partant politique, qu’ils peuvent en former, c’est-à-dire donner aux idées critiques le supplément de force qui contribue éventuellement à déterminer des mouvements de refus, et peut-être même de révolte. D’où l’idée du théâtre avec sa force sensible.

Et des alexandrins pour jouer des contrastes entre la langue grand siècle et les misérables bassesses de la finance contemporaine, pour restituer à la fois le comique et le tragique de toute cette affaire, et finalement pour produire un effet d’étonnement qui permet peut-être de capter l’attention d’une manière inattendue. 

Inattendu pour inattendu d’ailleurs, je me suis entendu dire que l’alexandrin avait la propriété de clarifier l’exposition des mécanismes macroéconomiques ! Pour le coup l’effet est assez inintentionnel, mais s’il est avéré, c’est tant mieux !...

Le film donne l’impression que la crise est uniquement financière. Jusque là vous répétiez à l’envi que la crise était due au système et non au dévoiement de quelques banquiers. Avez-vous changé votre fusil d’épaule ?  

C’est une pièce, pas une thèse ! On pouvait difficilement tout y mettre… 

Cependant, pour tout vous dire, l’actuel premier acte aurait dû être le deuxième, et je le voulais précédé d’un acte introductif où aurait été montré comment ce sont en fait les structures mêmes du capitalisme néolibéral qui ont produit ce désastre, et que la crise proprement financière n’en est que l’épiphénomène. 

Je voulais y montrer le contentement de soi d’une classe oligarchique, mêlant banquiers, experts et journalistes, tout à la satisfaction de l’ordre du monde qu’ils ont indéfectiblement promu… à la veille de son explosion. Mais le texte était déjà trop long… 

Gérard Mordillat, réalisateur du « Grand retournement » adapte la pièce en alexandrins de l’économiste Frédéric Lordon. 

 

Romancier, auteur et cinéaste, Gérard Mordillat s'est fait connaître en tant qu'auteur auprès du grand public en 1981 avec Vive la Sociale ! qui deviendra en 83 un film à succès (prix Jean Vigo). 

Dès lors, il multiplie livres et réalisations pour la télévision acquérant une  expertise incontestée dans la connaissance des religions et de la politique, à travers une œuvre marquée par un attachement constant aux valeurs et aux souffrances du monde ouvrier. 

Il était incontestablement le cinéaste le mieux placé pour adapter une la pièce de Frédéric Lordon.

Parmi ses  dernières œuvres, on peut citer : Les vivants et les morts, (2004) adapté en 2010 pour la télévision; Notre part des ténèbres, 2008 ; Rouge dans la brume, 2011 chez Calmann Levy ;ou encore Il n'y a pas d'alternative , 30 ans de propagande néo-libérale, 2011 aux Éditions du Seuil.

 

 

Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, est un des chefs de file des Économistes atterrés

Il est notamment l’auteur de "Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières", (Raison d’agir, 2008), "La Crise de trop", (Fayard, 2009), "Capitalisme, désir et servitude " (La Fabrique, 2010). 

Collaborateur régulier du journal le monde diplomatique, il  est connu pour ses essais critiques sur la mondialisation financière, qui ont rencontré un grand succès public. 

Il a choisi une forme singulière, celle du théâtre, pour mettre en scène la crise de la finance mondiale dans une comédie en quatre actes, et en alexandrins, d'un retournement l'autre parue en 2011 aux éditions du seuil

"Humour guerrier raillant les vils rois de la thune"

Extraits d’un entretien de Gérard Mordillat réalisé par J.M. Decoin pour l’Humanité 

Comment vous est venue l’idée d’adapter la pièce
de Frédéric Lordon ? 

D’un Retournement l’autre à peine publié,

J’ai appelé l’auteur et je l’ai supplié

De n’en céder les droits, hormis moi, à personne.

Lors, Frédéric Lordon m’a dit : « Je te les donne.

Fais-en, comme Cocteau, un objet difficile

À ramasser : un film ! » Et qui nous désopile,

Tout en nous instruisant. La gageure était belle,

Le défi passionnant. Il fallait des rebelles

Pour oser l’aventure : des acteurs impliqués,

Des techniciens hors pair… tout semblait compliqué.

Un film alexandrin sur la crise mondiale

Fait peur aux producteurs : ce n’est pas commercial.

Bravo, Véra Belmont, d’avoir cru au projet !

De n’avoir pas tremblé à cause du sujet.

Merci Baer et Weber, Morel et tous les autres.

Si j’incarnais Jésus, vous seriez mes apôtres !...

Mais comment avez-vous contourné l’écueil
du théâtre filmé ?

Eh bien, précisément, ne le contournant pas,

J’ai shooté le théâtre tel un Sam Peckinpah,

Jouant du revolver, en roi du mitraillage,

Et faisant des banquiers une horde sauvage !

Là, tout est mouvement. Et ombre. Et lumière,

Pour qu’enfin à l’écran l’économie s’éclaire.

Je tourne à la hache et je filme au couteau,

Loin de la scène antique et de ses vieux tréteaux.

Seuls m’importent le jeu, les merveilleux acteurs,

L’endroit où Catonné place ses projecteurs…

J’avais déjà tourné les Sonnets de Shakespeare

– Car il faut l’avouer, le théâtre m’inspire –

Mais je me garde bien d’en copier les effets,

Ou pis, de l’illustrer. Je veux l’apprivoiser. 

L’arracher à la scène. Je fais du cinéma.

Au Théâtre ce soir ne m’intéresse pas.

Le Grand Retournement paie sa dette au théâtre

Avec l’alexandrin. Mais je l’aurais saumâtre

De ne pas célébrer le cadre et ses mystères

Je veux aimer Molière et les frères Lumière !

 
 

 
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